Dans un article de la lettre d’InternetActu datée du 1er septembre 2006 (n°124), Daniel Kaplan nous rappelle que la carte ne peut devenir le territoire qu’à la condition d’être partageable et partagée, ce que semble avoir oublié l’Institut Géographique National avec son GéoPortail, mais que d’autres, comme Google ou Yahoo, ont bien compris en proposant des interfaces de programmation publiques (API) à partir desquelles leurs propres services de cartographie peuvent être détournés et enrichis (mashup : service en ligne construit en combinant d'autres services en ligne) par des tiers au profit d’un nombre de plus en plus croissant d’utilisateurs appelés non plus seulement à lire les cartes mais aussi à les écrire.

 

Quand la carte n’est pas le territoire

Le GéoPortail s’annonce comme le « portail des territoires et des citoyens », un portail « à bâtir ensemble ». Force est de constater que, pour le moment, les données cartographiques proposées (lorsqu’elles sont consultables …) n’autorisent que très peu d’interaction, ni avec les territoires ni avec les citoyens (GéoPortail Visualisation). On assiste plutôt à une mise sous verre du territoire, à la manière du jardin intérieur de la grande bibliothèque : « on regarde … mais on ne touche pas ! » (y compris pour sa toute récente version 3D). Campé sur son lucratif monopole, l’IGN semble ne concevoir ce nouveau support que comme un moyen supplémentaire pour valoriser son fond de commerce et vendre ses produits (GéoPortail Services).

 

Seul espoir d’ouverture, la démarche partenariale d’enrichissement progressif des informations géoréferencées, encadrée par une charte et pilotée par un organe de gouvernance mis en place par la Direction Générale de la Modernisation de l’Etat (CoPil SIG ADELE), doit permettre aux administrations et établissements publics partenaires de téléverser leurs propres données à des fins de visualisation (catalogage fédératif sous maîtrise d’œuvre du Bureau de Recherches Géologiques et Minières) et au profit de tous (unification de l’accès aux informations géographiques publiques). Les producteurs de données publiques sont ainsi invités à participer au développement du GéoPortail : ils restent propriétaires de leurs données (et donc du « droit de les diffuser sur leur propre site », c’est la moindre des choses !), ils cèdent gratuitement les droits de représentation électronique de ces données aux seules fins de visualisation sur le GéoPortail, ils sont garants de l'exactitude et de la mise à jour de leurs données et méta-données, ils assurent le géoréférencement de leurs bases. En échange, ils pourront « co-visualiser » gratuitement leurs données sur les fonds de carte du GéoPortail mis à disposition par l’IGN (composantes du RGE et SCAN 25), les mettre à disposition du public, en accès payant ou gratuit, et créer de nouveaux services qui viendront alimenter le catalogue du GéoPortail.

 

Dans le meilleur des cas, ce serait une des voies possibles pour réconcilier la carte avec le territoire. Malheureusement, les conditions du partage apparaissent d’ores et déjà déséquilibrées. La richesse du GéoPortail, sa véritable valeur ajoutée, ne réside pas seulement dans l’architecture technique et les fonds de carte que l’IGN met à disposition mais aussi, et surtout, dans les données (« attributaires » dirait le géomaticien) et méta-données issues du travail de collecte et d’organisation des producteurs d’information publique, parmi lesquels les collectivités locales sont sans doute les plus nombreux et, assurément, les plus proches du terrain. Certes citées dans la charte, ces dernières ne sont toutefois pas affichées dans la liste des partenaires ayant adhéré au GéoPortail. Et pour cause… sous alibi d’intérêt général, le contrat implicite qui leur est soumis est le suivant : donnez de la valeur d’usage à un projet qui, pour le moment, n’en a pas vraiment, fournissez vos informations et assurez vous de leur qualité pour donner de la chair à notre vitrine et nous nous chargerons de leur assurer une visibilité centralisée (GéoPortail Administrations) à côté de nos propres services tout en gardant la liberté d’y ajouter de la publicité ou du lien sponsorisé (p. 5 de la charte du portail de l’information géographique publique). Modèle économique peu adapté à un site de « service public », alors même que les collectivités locales sont déjà largement parties prenantes des bénéfices de l’IGN. Mais passons… le véritable déséquilibre vient plutôt du fait que la co-visualisation n’est pas du co-marquage : le seul moyen offert pour renvoyer vers les sites des producteurs de données « partenaires » est l’insertion de liens « gratuits ». A l’heure où la plupart des services web de géolocalisation proposent des systèmes de republication permettant de réutiliser sur son propre site les cartes produites, le dispositif de mutualisation du GéoPortail prend la forme d’un sens unique …

 

Quand la carte est en passe de devenir le territoire

Bien éloignés de cette stratégie de préservation de monopole et de ses effets pervers, d’autres acteurs, souvent anglo-saxons, font de la cartographie sur le web un « nouveau terrain de jeu » qui favorise l’innovation de service et la participation de tous. La carte n’a alors plus de valeur en elle-même : désacralisée, elle devient un support ouvert aux échanges, une re-présentation du territoire avec qui elle peut désormais entretenir un dialogue permanent par l’intermédiaire de l’intervention active des internautes. De nombreux services disponibles en ligne peuvent permettre d’illustrer le principe de la « carte en partage », je n’en retiendrais que quelques uns pour montrer à partir de mises en application concrètes (scénarios d’usage) tout ce que je ne peux pas et que je ne pourrais certainement jamais faire avec le GéoPortail, ni même avec ses futurs dérivés.

 

WikiMapia : le wikipédia géographique

http://www.wikimapia.org

Recette de la confiture : GoogleMap + Wiki + Intelligence collective

 

WikiMapia permet à tout utilisateur de georéférencer des informations sur une carte du monde en sélectionnant une zone et en la décrivant (texte, liens, tags, etc). Il est possible de naviguer dans la carte (zoom et déplacement de GoogleMap) et de rechercher par nom (lieux ou ville) et de filtrer par tag. Pour republier une carte sur son propre site, un outil permet via une fenêtre de sélection de déterminer la partie de carte qui vous intéresse, de filtrer par tag, et d’obtenir une ligne de code html à insérer dans une page.

 

Scénario d’usage : Créer un guide cartographique des sites remarquables d’Ile-de-France

Pour participer à l’alimentation de ce guide touristique, il vous suffit de créer dans WikiMapia un nouveau lieu en Ile-de-France, de le sélectionner, de le décrire, sans oublier de le marquer avec le tag « GuideTourimeIDF ». Le résultat des contributions sera disponible ci-dessous ou directement sur WikiMapia .

 

 

 

 

 

FlickrMap : le géo-marquage de photos

http://www.flickr.com/map

Recette de la confiture : YahooMap + Flickr + Intelligence collective

 

Flickr, le célèbre service de stockage et partage de photos, vient d’intégrer une nouvelle fonctionnalité qui permet de géomarquer les photos téléversées par les utilisateurs. Elle est disponible à partir de l’onglet « Organize » puis « Map » : vous sélectionnez, glissez/déposez la photo puis vous déterminez le lieu ou vous souhaitez la géoréférencer. Une carte de l’ensemble des photos géomarquées par les utilisateurs est disponible : vous pouvez y naviguer, rechercher des photos par tag, et filtrer par groupe ou par utilisateur.

 

Scénario d’usage : Organiser un concours de photos pour les EPN d’Ile-de-France

Pour participer à ce concours, il vous suffit de prendre des photos de votre EPN (lieu, activités, usagers, animateurs, etc), d’en sélectionner quelques-unes (les plus jolies !), de les téléverser sur un compte Flickr pour ensuite les géoréférencées sur la ville où se trouve votre EPN sans oublier de les marquer avec le tag « EpnPhotoTourIDF ». La carte complète de ces photos sera alors disponible ci-dessous ou directement ici.

 

 

 

 

 

BlipStar : la géo-recherche de proximité

http://www.blipstar.com

Recette de la confiture : GoogleMap + BlipStar + Fichier d’adresses

 

BlipStar est d’abord destiné aux entreprises ayant un réseau de magasins, mais ce service peut s’appliquer à tout type de structure et notamment aux lieux de proximité des services publics (mairies, bibliothèques, écoles, etc). Il permet de créer un module de localisation qui va rechercher dans une base de données personnalisée (téléversement de fichiers avec les adresses, description, etc) le ou les lieu(x) le(s) plus proche(s) de l’adresse qui est tapée par l’utilisateur. Ce dernier peut alors visualiser sur la carte les résultats de sa recherche, obtenir de l’information sur chaque lieu, puis demander l’itinéraire à suivre pour se rendre sur le lieu qu’il aura sélectionné.

 

Scénario d’usage : Créer un module de recherche de proximité pour tous les EPN d’Ile-de-France

Voici, ci-dessous, un exemple de préfiguration intégrant l’ensemble des EPN de l’Essonne labellisés par le Conseil général (réseau des EPNE - 91). Le module de requête est également directement accessible ici.

 

 

 

 

 

GeoTagThings : le bookmarking géographique

http://www.geotagthings.com

Recette de la confiture : YahooMap + FireFox + GeoTagThings + Veille

 

GeoTagThings est un service comparable à de nombreux autres services (delicious, blinklist, furl, etc) permettant de stocker, organiser, et partager des favoris (liens vers des sites ou des pages web) à cette différence près qu’il permet également de géo-référencer vos signets et de les visualiser sous forme de carte (mashup YahooMap). L’ajout d’un nouveau signet est facilité par un bookmarklet (script actif intégré dans votre navigateur) qui peut être activé à tout moment de votre navigation sur le web. Pour réutiliser vos favoris, GeoTagThings offre, en outre, la possibilité de générer un flux de sortie de vos favoris aux formats kml et GeoRss (voir l’utilisation qui peut en être faite ci-après avec MapuFacture). Fonction assez innovante, ce service permet enfin de paramétrer géographiquement un flux rss (get a feed) en sélectionnant une zone sur la carte : tous les nouveaux favoris géo-référencés sur cette zone par les utilisateurs viennent alimenter le flux (voir le résultat pour un flux rss « zoné » sur Paris et alentours à partir du rayon maximum autorisé).

 

Scénario d’usage : Créer une carte des sites web des acteurs touristiques publics d’Ile-de-France

Voici, ci-dessous, le résultat cartographique d’un bookmarking actif, via GeoTagThings, qui référence l’ensemble des sites web des acteurs institutionnels publics du tourisme en Ile-de-France (comité régional, comités départementaux, offices de tourisme et syndicats d’initiative). La carte est également directement accessible ici.

 

 

 

 

 

MapuFacture : l’agrégateur GeoRss

http://mapufacture.com

Recette de la confiture : GoogleMap + MapuFacture + Infos GeoRss

 

Mapufacture est un agrégateur GeoRss qui permet de visualiser sur une carte (GoogleMap) le contenu d’un ou plusieurs flux rss source(s) ou chacune de leurs informations à la condition que ceux-ci soient disponibles dans un format, en cours de normalisation et concurrent du célèbre « kml » de Google, appelé « GeoRss ». La difficulté réside donc dans le fait de disposer de sources compatibles, mais plusieurs possibilités permettent de contourner cet obstacle : par exemple, utiliser un service comme GeoTagThings (voir ci-dessus) qui offre une sortie GeoRss des favoris que vous avez géo-marqué, ou encore recourir à un convertisseur permettant de transformer automatiquement (assez aléatoire pour le moment !) un flux rss en un flux GeoRss (rss2GeoRss).

 

Scénario d’usage bis : Re-créer une carte des sites web des acteurs touristiques publics d’Ile-de-France

Voici, ci-dessous, le résultat de l’intégration du flux GeoRss issu du compte GeoTagThings de l’exemple précédent dans l’agrégateur de MapuFacture, également accessible directement à partir d'ici.

 

 

 

 

 

YourGmap : la cartographie personnalisable

http://www.yourgmap.com

Recette de la confiture : GoogleMap + YourGmap + Fichier de contacts

 

Le nom de ce service est explicite : avec YourGmap, vous pouvez personnaliser votre propre carte à partir d’un mashup de GoogleMap. D’autres services équivalents sont également disponibles tels que QuickMaps ou CommunityWalk. J’ai retenu YourGmap en raison de sa simplicité d’utilisation et de la richesse de ses fonctions de personnalisation.

 

Scénario d’usage : Créer une carte des membres du réseau R3i : Réseau Inter-régional d'échanges et d'Initiatives pour développer l'Internet Public Citoyen

Voici, ci-dessous, le résultat de la carte générée via YourGmap, également accessible directement à partir d'ici.

 

 

 

 

 

Frappr : la cartographie de groupe

http://www.frappr.com

Recette de la confiture : GoogleMap + Frappr + FireFox + Réseau social

 

Frappr est un service qui propose de créer des communautés virtuelles représentées géographiquement à l’aide de GoogleMap (mashup). Les utilisateurs du service peuvent créer autant de cartes de groupe qu’ils le souhaitent à partir de leur compte personnel (MyFrappr : page personnalisable incluant un profil de l’utilisateur) ou rejoindre des groupes déjà existants, inviter des amis à rejoindre leur carte personnelle et échanger avec eux (chat, mail), mais aussi créer un blog ou stocker des photos. Le fait de rejoindre un groupe, permet de s’auto-géolocaliser sur la carte (person) à partir de la localisation de son profil puis de pouvoir ajouter des lieux/structures (place) ou des photos. Une fois « en place » sur la carte, il s’agit de participer aux échanges au sein du groupe (chat ou forum) pour faire vivre cet « espace partagé », mais aussi y ajouter de nouveaux lieux ou des photos, inviter d’autres personnes à rejoindre le groupe. Par ailleurs, des widgets (mini applications) permettent d’isoler certains éléments d’un groupe (carte, chat, diaporama des photos, etc) pour les republier sur son propre site. Pour vous donner une idée plus précise du résultat d’une carte de groupe, vous pouvez consulter (et rejoindre si vous le souhaitez …) le groupe des passionnés francophones du web 2.0 ou celui des blogueurs français tout autour du monde.

 

Scénario d’usage : Créer un espace Frappr pour représenter géographiquement et animer la communauté des acteurs publics qui participent au développement des territoires numériques en Ile-de-France

Si vous êtes un « professionnel TIC » ou que vous contribuez, d’une manière ou d’une autre, au développement de la société de l’information au sein d’une collectivité locale, d’un organisme public ou associatif et que vous souhaitez rejoindre le groupe « Territoire Numérique » d’Ile-de-France, vous devez disposer d’un compte sur Frappr. Après avoir paramétré votre profil, rendez-vous à l’adresse suivante : http://www.frappr.com/tn-idf/ puis, après avoir vérifié votre localisation, choisi une « casquette » (Marker) et renseigné votre fonction (Shoutout message), ajoutez vous au groupe (Add Yourself) en entrant le code de vérification. Après cela, vous pourrez, par exemple, ajouter sur la carte du groupe, le lieu/structure (Add Place) pour lequel vous travaillez mais aussi échanger avec les autres membres de la communauté en synchrone (chat avec les membres connectés présents) ou asynchrone (via le forum de discussion). Pour suivre l’évolution de l’activité de cet espace, vous pourrez également vous abonnez à son flux rss.

 

Widget de la carte du groupe :

 

 

 

Widget des photos du groupe : 

 

 

 

 

Sans un changement significatif dans son modèle de développement, le GéoPortail ne sera sans doute jamais un point d’appui pour ceux qui ont en charge d’animer les territoires électroniques. En attendant, d’autres services sont disponibles et peuvent, en dépit de quelques imperfections (ils ne sont pas français !), s’avérer forts utiles au quotidien … Alors, n’hésitons pas !